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PRESSE

Low Life

Par André Roy

Réflexion, méditation, bilan de l’époque. D’une époque, celle où les utopies étaient permises. Seuls encore, quelque part, quelques-uns, dépités, désorientés, désillusionnés, gardent quand même pardevers eux un espoir fragile, très fragile, en la solidarité. Mais ne leur reste véritablement que l’amour, chose à laquelle ils demeurent accrochés ; dorénavant, avec l’amour, ils sont prêts, sinon à l’engagement politique, du moins à la révolte contre l’injustice ; à chercher dans l’incrédulité que le présent sécrète une croyance en ce monde. « Le monde est un théâtre », avait écrit Shakespeare, ce lieu où on se bat, débat, survit. Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval l’ont très bien compris en illustrant cette désaffection sociopolitique qui envahit notre aujourd’hui, comme l’ont saisi leurs jeunes, parcourant les rues, se rassemblant dans des espaces clos et vivant leur vie la nuit, plus favorable que le jour à toutes les aventures, amoureuses, politiques, etc. Une sorte de vie souterraine, cachée, comme au ralenti. La vie floue.

Mais aussi la vie poétique, la vie rêvée d’enfants de Rimbaud et de Verlaine que mettent en scène deux cinéastes qui, par les enjeux sociétaux et relationnels qu’ils déploient et leur approche cinématographique particulière qui se fortifie de film en film, deviennent eux aussi enfants de pères cinéastes comme Jean Eustache (La maman et la putain), Jean-Luc Godard (Masculin-Féminin) et Robert Bresson (Le Diable probablement). La vie moderne quand il s’agit de fêter ensemble, de boire, de danser, d’éviter à un immigré l’expulsion ; la vie métaphysique également, quand il s’agit d’atteindre l’idéal amoureux, de philosopher, de se prononcer sur l’état de la société (« L’horizon global de la démocratie est la guerre », dit l’un des protagonistes).

La vie languide, la vie contemporaine de Carmen, de Charles (son copain qu’elle délaisse pour un poète afghan) et de leurs amis qui squattent bars et studios lyonnais parce qu’ils ne veulent pas d’une vie traditionnelle. « Ils savent qu’ils ont hérité d’une époque crépusculaire et veulent lui redonner sa clarté », écrivent les cinéastes dans leur synopsis. Mais le réel est bien là et frappe de malédiction ceux et celles qui l’affrontent en le détournant. « Le réel est impossible », disait Lacan. Inaccessible. Le groupe de jeunes de Low Life butent – comme tout le monde – sur lui.

En montrant des garçons et des filles emportés lentement par leur désir de réenchantement du monde, les cinéastes procèdent comme à leur habitude : par grandes plages de plans où gestes et paroles semblent vouloir toujours déborder de l’écran, peut-être parce que les personnages y sont si ancrés qu’ils paraissent coincés dans le cadre et, comme ici, semblent se fondre dans la couleur déteinte de la photographie. Cette couleur donne un aspect fantastique au film, tout en métaphorisant sûrement l’effacement des singularités, la disparition des rêveries collectives, l’uniformisation des sentiments qui, dorénavant, se monnayent. Ces jeunes se rassemblent dans un autre monde ; le présent n’est pas fait pour eux. Une prison du réel où il faut, pour en sortir, qu’ils se mettent eux-mêmes en scène ; d’où, d’ailleurs, l’aspect théâtral de leur jeu, qui s’apparente à un rituel. Les auteurs tirent dès lors de leur parti pris esthétique un récit très sophistiqué, très précis sur la volonté de concilier l’intime et le social, de trouver un équilibre entre un monde idéal (juste, égalitaire, compassionnel, etc.) et la relativité d’un présent qui devrait cesser de démentir tous les espoirs.

André Roy – 24 IMAGES 154

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