www.elumiere.net

ACONTECIMIENTOS 2013

JACQUES AUMONT

 

 

 

Blue black permanent, (Margaret Tait, 1992)

2013 tel que je l’ai vu

Il y a eu les films emballants ou au moins intéressants (dans le désordre) : Moonrise Kingdom, Zero Dark Thirty, The Gatekeepers, Camille Claudel 1915, Pietà, La Sirga, Mud, Shokuzaï, L’inconnu du lac, A Touch of Sin, Histoire de ma mort. Et l’exposition Vallotton au Grand Palais, qui valait largement un très beau film. Et mon premier spectacle de bunraku, au Festival d’automne.

Il y a eu les films de cinéastes que j’apprécie, mais qui m’ont paru moins bien que ce qu’ils font d’habitude : The Grandmaster, La maison de la radio, Jaurès, Stoker, Wrong Cops, Jimmy P.

Et, parmi tous les films qui ne m’ont pas plu du tout, m’ont irrité ou fâché, ou sur lesquels j’aurais écrit si j’étais critique des démolitions enflammées : Django Unchained, Cloud Atlas, la trilogie de Bill Douglas, Léviathan, Gravity (encore que les deux derniers soient respectables pour leur réelle efficacité sensorielle). J’y ajouterais l’expo Braque, qui m’a fait bailler, et surtout l’inqualifiable expo Pierre Huyghe, qui m’a d’autant plus exaspéré qu’elle a fait une unanimité critique inconcevable.

Et parmi les innombrables films découverts ou revus en dvd au fil de l’année, une mention spéciale aux 18 films d’Im Kwon-taek vus en quelques jours pour écrire un article commandé par le festival de Busan. Je connaissais très mal ce cinéaste, et à travers lui ai découvert une cinématographie (la coréenne) dont on ne connaît que les versions auteuristes et récentes. Formidable expérience, qui m’a bouleversé.

Deux revisions de films qui avaient été, à des époques et pour des raisons différentes, des films de chevet : Une chambre en ville, magnifique (pour moi, le plus beau Demy), et Les Idoles, qui au contraire cette fois m’a laissé de marbre (ça y est, il est daté, il entre au purgatoire).

Les rencontres de Lussas, avec la révélation d’une cinéaste majeure quoique inconnue et d’ailleurs morte, Margaret Tait (la chose la plus rare : de la poésie). Les séances de café-bar-cinéma de l’ami Frodon, avec leur lot de découvertes. Le festival Cinéma et Science d’Oullins, où j’ai vu de mes yeux vu ce que veut dire « action culturelle » (et aussi de bons films).

Et plus que jamais, la lecture – mais guère de livres marquants sur le cinéma, en dehors de celui de Sylvie Lindeperg, La Voie des images.

Pour finir sur une note égotiste : mon petit pamphlet Que reste-t-il du cinéma ? est sorti le 2 janvier, ratant de peu 2012, et j’ai bouclé le manuscrit de mon prochain livre, Limites de la fiction, qui devrait sortir ce printemps 14.

Jacques Aumont

Essayiste, professeur (aux beaux-arts de Paris).