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ACONTECIMIENTOS 2013

ÉRIK BULLOT

 

 

 

  

Izquierda: Boris Lehman, Bourges (Francia), marzo de 2013. Derecha: Centro de Investigaciones Artísticas, Buenos Aires, noviembre de 2013

 

2013. Érik Bullot

Lectures. Cette année fut marquée par des lectures relatives à l’écriture d’un essai sur l’hypothèse d’un cinéma performatif. Peut-on dissocier le cinéma de son dispositif et réaliser des films par leur seul énoncé linguistique ? Qu’est-ce que le cinéma performatif ? J’ai découvert à cet égard deux essais dont la lecture m’a totalement enthousiasmé. Le premier, Cinema by Other Means de Pavle Levi (New York, Oxford University Press, 2012), se propose d’étudier la manière dont le modèle du cinéma inspire d’autres pratiques artistiques selon un principe de « remédiation rétrograde » (retrograde remediation). Le second, Cinepoetry, Imaginary Cinemas in French Poetry, de Christophe Wall-Romana (New York, Fordham University Press, 2013) analyse la manière dont le paradigme cinématique a influencé, depuis Mallarmé, la poésie française. Ces deux ouvrages sont très novateurs, nourris d’hypothèses et d’exemples inattendus.

 

Enquête sur le cinéma performatif. J’ai découvert cette année le travail filmique et plastique de l’artiste lettriste Roland Sabatier au cours de rencontres personnelles et d’entretiens. Rencontres également avec le cinéaste Boris Lehman et la découverte de ses nouveaux films, notamment la suite de Mes entretiens filmés. Découverte du travail de l’artiste Uriel Orlow à travers son exposition Unmade Film, au Centre culturel suisse à Paris, qui démontre à nouveau la manière dont le cinéma constitue un modèle théorique, voire performatif, pour le champ des arts plastiques.

 

Buenos Aires. Un séjour merveilleux en Argentine où j’ai donné un séminaire au Centro de Investigaciones Artísticas (CIA) sur le thème « Salir del cine ». Ce fut l’occasion également de rencontrer des acteurs de la scène vidéographique argentine : Gustavo Gallupo, Gabriela Golder, Andrés Denegri. Nombreuses lectures sur le cinéma expérimental argentin et notamment le groupe Goethe et les films de Claudio Caldini. Comment écrire une histoire discontinue du cinéma expérimental qui excède le seul champ anglo-saxon ? Livre très émouvant d’Andrés Di Tella, Hachazos (Buenos Aires, Caja Negra, 2011).

 

Films. J’ai été frappé, à des degrés divers, par les films suivants qui proposent des dispositifs de mise en scène singuliers, parfois excentriques : Leviathan (Lucien Castaing-Taylor, Verena Paravel), 200% (Nicolas Boone et Olivier Bosson), Fifi hurle de joie (Mitra Farahani).

Remarque générale. On peut s’étonner bien sûr de l’importance des essais ou de l’écriture dans mon expérience de cinéaste et de cinéphile. Sans doute le cinéma devient-il chaque jour davantage un objet d’étude. J’ai publié cette année deux essais — Sortir du cinéma. Histoire virtuelle des relations de l’art et du cinéma (Genève, Mamco) et Renversements 2. Notes sur le cinéma (Paris, Paris Expérimental) — et terminé le tournage d’un film-essai consacré à la révolution de l’alphabet en Turquie. Mais l’événement majeur de cette année fut d’assister aux événements du parc Gezi en juin dernier à Istanbul lors des repérages de mon film. Moments d’exaltation où le sentiment d’être vivant était étonnamment profond.

 

  

Istanbul, junio de 2013