FID MARSEILLE'09 (1): LA TERRE DE LA FOLIE (Moullet)

Légerère lourdeur (leer en español)

par Fernando Ganzo (traduction de Marion Abadie)

Arrivée au Festival de Marseille, le jour même de la première du dernier film de Michael Mann (Public Enemies), et tout révélait la journée de préparation. Après Buenos Aires, Cannes et BAFICI, on continue d’avoir la sensation d’expérience initiatique par rapport à Lumière en couvrant des festivals avec des chroniques journalières. Sensation satisfaisante, très vive – la critique à pied d’ouvre – dans un concours où peu de personnes du public semblent être des citoyens marseillais assistant à un évènement local. Premier festival, d’autant plus, documentaire pour lequel nous réalisons un tel suivi, lié à la responsabilité certaine qu’il peut y avoir en conséquence.

Le film d’ouverture du festival est le dernier de Luc Moullet, La Terre de la folie, dans la catégorie hors concours et pour sa troisième projection publique après celle de Cannes et l’intégrale du Centre Georges Pompidou à Paris. Contrairement à ce que l’on a l’habitude de soutenir, nous préférons le Moullet des fictions à celui des documentaires. Truquées ou pas, sa dialectique déborde un peu trop lorsqu’il adopte le format des interviews.

La Terre de la folie commence avec des moments du grand Moullet : une vision qui s’éloigne de la reproduction de la réalité (« reproduction » ?, « témoignage » ? Le film sait éluder le vide de ses questions, par chance, pas comme, bizarrement, beaucoup de films des dernières années – 24 City–), des virements rhétoriques, linguistiques et cinématographiques, re-créations des témoignages comme ponctuation comique, aux limites entre la moquerie et la rigueur. Moullet parle de quelque chose qu’il connaît bien –une zone des Alpes françaises où les crimes démentiels et les histoires de brutalité ont vécu une sinistre concentration- mais il le filme à contrecœur, moments enfoncés dans la routine qui réduisent la marche de ses coups les plus géniaux –et, c’est nouveau, buñuelesques à certains moments. Si dans Genèse d’un repas c’était bien le propre thème qui débordait « la forme Moullet », ici c’est le propre discours choisi : le rassemblement de témoignages à partir de troubles histoires familiales et de chroniques de faits divers finit par être écrasant. Simplement trop lourd. Peut-être que c’est le poids de la louable volonté du réalisateur d’amener les choses à leur extrême, et peut-être que le propre film en a besoin. Mais ça affaiblit. Malgré un début vertigineux et un final à la première personne, nouvellement avec Antoinette comme voix accusatrice. Moullet orbite comme un élément plus à l’intérieur de cet ensemble de démence, et dans son itinéraire il compose, avec légèreté, son travail, apparaissant comme un interlocuteur, raccourcissant ou rallongeant la distance avec les intervieweurs, dialoguant directement, par exemple, avec une femme à l’apparence bizarre et avec une vitesse de parole démentielle, qu’il aurait été assez risqué de montrer seule dans un cadre, comme c’est la règle générale avec le reste des personnages.